SOON

Act I: How you could have become a B.A.S.E jumper
@ Exo, Paris / mid-june 2014

+ Paul Maheke

+ good friends

Part of ULTRALOCAL

desirably situated

« — You should contact M. P. He is probably the best pastry chef in town.
— Yeah. And then we will eat the cake all together. »



(in the first place)
Both doors removed, the windows and their sunshades, the neon and its revealed shadow, a bench.

(while)
Action or choreography.

(afterwards)
Release.

Self-portrait while flying
TIME FOR AIRPORTS (CDG - LBG)

to John S.

desirably situated

to Julien L.

+ Paul Maheke

+ Paul Maheke

par François Quintin

Arts Magazine
Mars 2014



15h sur un terreplein circulaire, entre tramway, bar-tabacs, sculptures publiques et bus de banlieue, à la sortie de la station La Courneuve - 8 mai 1945. Sac à dos, parka, Maxime Bichon attend notre « studio visit marchée ». Nous entamons d’un bon pas l’avenue Paul Vaillant Couturier.

Maxime Bichon ne se laisse pas enfermer dans l’un ou l’autre des présupposés de l’art. L’atelier, l’espace d’exposition, d’expérimentation ou d’apprentissage sont autant de lieux à réinventer, à déplacer. La chambre, la plage, une friche ; il n’est pas de lieu inapproprié pour la création. Un voyage en avion est par exemple l’occasion de créer des ateliers temporaires de céramique. Sorti depuis peu de l’École Nationale Supérieure d'Arts de Paris-Cergy, l’artiste place sa pratique, sa pensée et ses ambitions dans un périmètre qui excède largement les limites de l’hexagone.

Un temple hindouiste dédié à Shiva coincé entre deux bâtiments gris fourmille de figures colorées. C’est Pondichéry dans le neuf-trois.

Maxime Bichon avait intitulé sa présentation de fin d’étude La Réforme. Dans la salle de Cergy, dont il avait retiré les portes, habillé les fenêtres de pare-soleil bleus et souligné les ombres portés d’un halo rose, il a disposé l’ensemble de ses pièces au centre. Il a enfilé les gants de manipulation qu’il avait fait faire pour l’occasion: un vert, l’autre imprimé d’une vue satellitaire de montagnes au Japon. Puis il a procédé à un accrochage commenté de ses pièces. Parmi celles-ci, des tubes colorés de course de relais sont marqués d’une phrase qui invite les personnes présentes à reconsidérer les limites de distance et de vitesse : « LETTING US BE SLOWER », « MAKING US GO FARTHER »… Sept tasseaux de bois colorés évoquent des dégradés de ciel à plusieurs endroits de la planète (Israël-Palestine, Chine, San Francisco, …). Cette dernière pièce avait déjà été présentée au Crédac dans l’exposition Le Dos du désert, autour de la Collection de Françoise et Jean-Philippe Billarant.

Nous traversons bientôt l’autoroute A86, puis la ligne de RER. La Courneuve est transpercée de part en part. Un palmier hisse au dessus des voitures son triste exotisme. Trois adolescentes commentent bruyamment leurs intrigues de récré.

Les premiers accrochages de Maxime Bichon dans des espaces désaffectés ont été abandonnés, parfois même sans être documentés. Il parle volontiers de l’abandon, comme si le sacrifice de l’installation rétablissait un équilibre entre l’objet, l’action et l’espace et les rassemble dans l’incertitude de leur devenir.

Nous prenons un thé qu’il sort de son sac, tout près du square Charles de Gaulle, sur la N2. Il verse le contenu de sa thermos dans deux tasses en plastique issues de sa collection de vaisselle de compagnie aérienne.

Ce n’est pas la première marche que réalise Maxime Bichon. Un de ses sites (dont il dit coder tous les éléments en HTML comme une tentative d’artisanat technologique) présente la vidéo d’une marche reliant la ville de Gênes à la frontière française en juillet dernier. Le paysage du littoral s’étend de part et d’autre de l’enfilade de paquetages professionnels. Et sans prévenir, l’artiste laisse s’éloigner le groupe pour se rendre à un mariage de famille. Puis reviens tout aussi discrètement dans la file plusieurs jours plus tard. Plus récemment, une marche a été organisée avec les commissaires Flora Katz et Mikaela Assolent, et l’artiste Paul Maheke avec lequel il collabore souvent. L’évènement a été déclaré en préfecture comme manifestation motivée de la revendication suivante : « En connaître moins sur notre propre situation ».

Un bidonville enchâssé dans une allée, des percées de ciel, des hangars, des routes. La ville se délite. Nous parlons des voyages, ceux de Bas Jan Ader, de Franz Erhard Walter, d’Hamish Fulton. « Nous sommes bientôt arrivés » dit Maxime Bichon, alors qu’il nous semble traverser un naufrage urbain, de ces entre-villes qui fascinaient tant Pasolini, ou que le groupe Stalker avait arpenté dans une expédition d’étude à la périphérie de Rome.

Le travail de Maxime Bichon s’articule dans le partage. Les questions d’enseignement, d’école d’art, de collectif sont des sujets permanents de réflexion. En 2010, l’occupation illégale d’un espace dans le 18ème à Paris donne l’impulsion pour créer Ultralocal, un programme collectif d’expérimentation, d’échange de savoir, de production dans une géographie ouverte, sans cesse déplacée, réinventée. Ils mettent en place une série d’ateliers intitulés Recettes, à Val d’Isère et à Ciboure. Chaque participant propose un enseignement dans le paysage autour d’un savoir-faire singulier. Véhicule particulier, autre projet d’Ultralocal développé par Thomas Bethmont et Valentin Ferré, permet d’inviter des artistes à concevoir une composition musicale pour voiture, prenant en compte le bruit du moteur, les cliquetis du commodo, mais aussi le trajet, le paysage.

Maxime Bichon parle de ses projets autour de la chute et sa fascination pour le BASE Jump, une pratique radicale du saut depuis une falaise ou un pont … lorsque nous arrivons devant l’aéroport du Bourget. Le ciel d’un bleu magnifique est entaillé de traits blancs. Devant nous se dresse la fusée Ariane. Les Fouga-Magisters obsolètes de la patrouille de France sont figés en bouquet. La visite d’atelier marchée s’achève sur ce moment de suspension céleste. Un décollage.